14 - Jean Echenoz
"Si l'on s'en tient aux simples faits, les quelques lignes figurant sur la quatrième de couverture de 14 suffisent à les résumer : « Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d'entre eux. Reste à savoir s'ils vont revenir. Quand. Et dans quel état. » Qu'attend-on aujourd'hui de lire et d'apprendre sur l'expérience de ceux qui vécurent cette guerre, qu'on a coutume de qualifier de « grande », que n'auraient déjà raconté Maurice Genevoix, Blaise Cendrars, Henri Barbusse, Louis-Ferdinand Céline, tant d'autres encore qui en furent les acteurs et les victimes ? Qui dira, plus justement que ceux-là, le massacre et l'effroi, qui méditera sur « la mort de près » plus intensément que le fit Genevoix (1) ? On lit d'ailleurs, dans 14, sous la plume de Jean Echenoz, cet aveu qui n'est pas d'impuissance, mais de raison et d'acuité : « Tout cela ayant été décrit mille fois, peut-être n'est-il pas la peine de s'attarder encore sur cet opéra sordide et puant. Peut-être n'est-il d'ailleurs pas bien utile non plus, ni très pertinent, de comparer la guerre à un opéra, d'autant moins quand on n'aime pas l'opéra, même si, comme lui, c'est grandiose, emphatique, excessif, plein de longueurs pénibles, comme lui ça fait beaucoup de bruit et souvent, à la longue, c'est assez ennuyeux.
Décrire les tranchées, la boue, le froid, les gaz, les obus, les corps déchiquetés, Jean Echenoz ne s'y attarde certes pas. N'éludant pas la violence et l'épouvante, mais composant, pour les dire, une partition resserrée et laconique, tout sauf hyperbolique. Fulgurant, précis, grave est ainsi le roman qu'il donne, où la guerre s'inscrit comme une circonstance cruciale et bouleversante, dans le destin annoncé des individus auxquels il a choisi de s'attacher.
»TELERAMA